Restaurer un bréviaire romain du XIXᵉ siècle : récit d’une intervention délicate

Récemment, j’ai eu le plaisir de travailler sur un ouvrage particulièrement précieux : un bréviaire romain en quatre tomes datant de la fin du XIXᵉ siècle, appartenant à un abbé passionné par sa collection. L’un des tomes, le “tome d’été”, avait souffert d’un excès de chaleur lors de transports répétés en voiture, ce qui avait accéléré la dégradation de sa reliure en cuir.

Voici le récit technique et chronologique de cette restauration.


Le constat initial

L’inspection de l’ouvrage a révélé plusieurs dégradations évidentes :

Les deux mors presque entièrement fondus
Coiffe de tête absente
Coiffe de queue très abîmée
Tranchefiles en bon état
Signets arrachés (deux)

Le cuir, très sec et poreux, présentait un défi supplémentaire : il avait été fortement collé sur le carton, ce qui compliquait le détachement sans risque de rupture.



Restauration : relever le défi étape par étape

1. La première étape consiste toujours à redonner un peu de souplesse au cuir : un nettoyage doux et un ré-encollage contrôlé permettent de vérifier l’état des défauts et de préparer la reliure à recevoir de nouvelles greffes.


2. La greffe des mors et des coiffes

Une fois le cuir assoupli, j’ai pu détacher les zones à restaurer pour y intégrer du cuir neuf.
Le travail s’est déroulé en plusieurs bas :

a) Préparer les morceaux de cuir nécessaires : le choix du cuir est crucial. Il faut qu’il soit compatible en texture et en couleur avec l’original.

b) Reconstruction des mors : j’ai commencé par greffer le cuir sur les mors abîmés, en veillant à ce que les parties anciennes et nouvelles s’intègrent parfaitement.

Ensuite, j’ai réintégré les signets arrachés.

c) Restaurer la coiffe de queue puis la coiffe de tête.

Voici quelques images pour illustrer les étapes de restauration:

3. Les finitions : patine et teinture

Une fois les greffes réalisées, il fallait harmoniser le nouveau cuir avec l’ancien. J’ai utilisé une teinture adaptée, testée préalablement sur de petits morceaux pour obtenir la couleur la plus proche possible du cuir d’origine.

Le résultat

Le tome d’été va enfin rejoindre les trois autres volumes de ce bréviaire précieux. Grâce à cette restauration, il est prêt à être conservé durablement, à l’abri des dégâts du temps. L’abbé pourra ainsi l’utiliser chaque été pour lire des passages à son public lors des messes, perpétuant cette belle tradition.

C’est toujours un plaisir de savoir qu’un ouvrage retrouve non seulement son aspect, mais aussi sa fonction, prêt à continuer à vivre et à raconter son histoire.

Voici un aperçu du travail de restauration accompli:

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce sujet, voici un lien vers la page « Savoir-Faire » de mon site web, où vous trouverez d’autres explications concernant la greffe de cuir.

Pour explorer l’univers du métier de restaurateur de livres anciens,
consultez la page SAVOIRS-FAIRE de mon site web.

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